Interview de Alejandra Melin Lopez, une artiste peintre Mexicaine.

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Alejandra Melin Lopez (Mexique)

Alejandra Melin se définit comme une artiste « visuelle » . Elle est originaire de Mazatlán une ville portuaire du Mexique. Diplômé de l’école des Beaux-Arts de Marseille ,elle vient de finir une résidence artistique à Céret dans les Pyrénées.

Madame Latina l’a rencontré et a tenté de mieux cerner ses espaces intimes.

La première phrase que tu utilises pour te décrire est « je suis mazatleca » mais aussi tu nous as dit souvent que les ports et la lumière sont tes principales sources d’inspiration. Peux-tu nous en dire plus ?

Mazatlán fait partie de moi, de mon être profond parce que je suis née là bas. Les ports et la mer sont mes références, la matrice de mon œuvre. J’ai toujours vécu au bord de la mer. Même ici en France la mer m’offre une source inépuisable de regards, de perspectives qui m’apportent de l’énergie et m’offre un espace de liberté. Et en même temps la mer m’effraie. Je peux passer des heures à la regarder quand je suis bien et quand je me sens mal. Si, j’ai vraiment peur de la mer. Il faut dire que Mazatlán a une côte sur l’Océan Pacifique et à cet endroit la mer est déchainée, toujours agitée comme un tourbillon, elle te dévore , t’éclate, te met dans tous tes états. . Depuis petite fille j’ai toujours ressentie cette énergie de l’océan et je porte envers cette force là un grand respect.

La mer à Mazatlán et la mer à Marseille sont très différentes. Ici elle est plus tranquille et je pense que cela influence le comportement des gens locaux. La mer en Normandie où j’ai également vécu est d’une force folle et il y a beaucoup de vent. Elle peut t’absorber jusqu’à te rendre fou. La lumière y est très pénétrante et en même temps tout est gris. La lumière a une grande influence sur l’état d’âme.

Il me semble que tu as abordé ta dernière série de peintures d’une façon plus contemplative: l’espace dont tu regardes ?

C’est vrai. Je me suis mise dans un état mental où se côtoie l’immensité, l’horizon et en même temps j’explore des petits espaces domestiques, intérieurs, très intimes comme mon ressenti corporel en tant que femme

As-tu rencontré ce type d’espaces autour de Marseille ?

Sur l’île du Maire, qui pour moi qui en jouant avec les mots devient l’île de la Mère. C’est une petite île à Marseille qui m’impressionne beaucoup par ses jeux d’ombres et de lumières, ses replis, sa texture rocailleuse, la façon dont la lumière la traverse et lui donne de la transparence. Cet endroit m’a beaucoup inspiré.

Il y a une artiste que j’aime beaucoup c’est LOUISE BOURGEOIS. C’est une artiste d’origine française qui a vécu aux Etats Unis qui s’est intéressée plus particulièrement au domaine de la vie privée, la maternité. Elle a su transposer ses réflexions et sensations en sculptures certaines gigantesques.

Penses –tu qu’être mère influence ta manière de percevoir l’intime ?

Absolument, car il est vrai qu’à partir du moment où tu deviens mère tu crées quelque chose : c’est de la création pure. Créer un être vivant c’est quelque chose de complètement immense .

Tu es à la fois femme, mère, étrangère et artiste. Comment fais-tu vivre ensemble ces identités ?

C’est pour moi une lutte constante. Il faut être positive sinon on ne peut pas avancer, le chemin se ferme et il faut de la force pour trouver la lumière afin de poursuivre. Il faut aussi avoir en soi un désir très fort, une impulsion puissante , une authentique nécessité d’aller plus loin. Pour être mère il faut être lucide, claire avec soi même. Pour être artiste c’est pareil. Tous ces états se mélangent, c’est fou. C’est comme si j’étais une femme avec plusieurs têtes.

Est-ce que tu te sens avantagée ou désavantagée face à des artistes qui ont débutés, sont nés et vivent en France ou qui peut-être n’ont pas eu à lutter en tant qu’artistes ?

Je crois qu’il y a une profonde différence. On peut sentir la difficulté dans l’œuvre même. Et quand de plus tu arrives dans un pays étranger, il faut compter avec l’adaptation, l’apprentissage, il faut faire un effort pour apprendre la langue, pour comprendre la culture. En fait on est en permanence en tension. Cela est très « nourrissant » aussi, c’est comme un cycle : lutter et tirer profit de chaque situation pour évoluer.

As-tu rencontré en France des techniques picturales qui ne sont pas utilisées au Mexique ?

L’utilisation du corps. La gravure, même si le Mexique a une grande tradition de gravure, on ne peut pas en faire partout. à cause de la difficulté pour trouver le material. En France c’est plus facile. Et également la photographie argentique.

Et à l’inverse ?

Au Mexique on utilise n’importe quels matériaux pour s’exprimer quand on n’a pas les moyens que l’on est dans la précarité. Exprimer ses idées à partir de rien, peut-être que cela rend plus audacieux.

Avec quelle technique te-sens tu le plus à l’aise ?

J’aime la gravure. J’aime « Jose Guadalupe Posadas » . J’aime tailler, gratter, enfoncer. Ce que j’essaie d’exprimer c’est CE que j’aimerai que l’on ressente en regardant mon travail, que la personne qui regarde une de mes œuvres se sente gratté.

Dans ton œuvre l’on voit beaucoup de montagnes, d’horizons, des espaces ouverts comme beaucoup de maisons. Ya-t-il d’autres thèmes récurrents dans ton travail ?

Je crois que j’explore toujours les mêmes thèmes de façon obsessive : la montagne et encore la montagne comme symbole de l’objectivité. Sa masse est une énorme sculpture sur laquelle la lumière rebondit, toujours différente. Quand on est sur la montagne on en fait partie. Cesi est fantastique, et m’impressionne toujours.

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Dernière question. Tes fantasmes du passé, présente et future, comment seraient-ils ?

J’adore les cerfs. Je les ai beaucoup dessinés. La représentation de cerfs est très fréquente à Mazatlán. Je pense que si je devais représenter mon fantasme du passé, il prendrait la forme d’un homme-cerf, comme Actéon. Par ailleurs, j’ai d’autres fantasmes plus obscurs liés à des situations que j’ai vécu à Mazatlán liées à la mort, la violence quotidienne… On sait qu’actuellement Mazatlan est territoire de violence. C’est quelque chose qui des fois me rendent visite et qui sont tapis en moi. Finalement, mon fantasme du futur serait de créer une œuvre totale : l’art et la vie complètement fondues et embrassées.

Interview pour: Helena Valdivia.

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